Extrait #1 du livre “Attache ta tuque!”.

Un peu de contexte: c’est le grand jour, celui de notre déménagement vers le Nouveau Monde. La famille vient d’arriver à l’Aéroport International Montréal-Trudeau après un vol de sept heures…

[…] Cela fait maintenant trois heures que nous patientons dans une salle de l’aéroport Pierre-Elliott Trudeau de Montréal. C’est un lieu de passage, un sas. Plusieurs familles attendent qu’on leur remette le fameux sésame. La plupart d’entre elles sont arrivées après nous. Les agents de l’immigration les appellent une par une, et nous les regardons, avides et jaloux, se diriger vers la sortie, là-bas, en territoire Canadien, avec leurs visas en mains. Mais pas nous.

Pourtant, à notre descente de l’avion, tout s’est plutôt bien passé. Nous avons inscrit nos identités sur les bornes automatiques ainsi que la raison de notre venue. Puis un agent des douanes nous a dirigé vers la salle d’attente où nous nous trouvons actuellement.

L’horloge affiche vingt et une heure, mais avec le décalage horaire, il est trois heures du matin, heure française. Je m’efforce de contenir mes bâillements.

Le repas dans l’avion n’est pas passé, j’ai le ventre qui proteste. Ajoutez à cela le stress et une bonne rasade de fatigue et le combo me donne une figure de zombie.

Petit à petit, je m’avachis sur le siège en plastique inconfortable et dur. Jeanne jette de temps en temps un coup d’oeil vers le comptoir où, plus tôt, une femme en uniforme l’a appellé pour ouvrir notre dossier. Chacun notre tour, nous avons été faire une photo dans une pièce vide, un peu à l’écart, derrière le comptoir. Depuis, plus rien. Les enfants n’en peuvent plus. Lilly dort, la tête posée sur les genoux de sa mère. Nathan s’est allongé entre deux sièges, et fait des moulinets désarticulés avec ses bras tombant dans le vide. Emma n’en a plus rien à foutre, elle est épuisée et glisse lentement sur la banquette. Je me redresse, de peur que ma posture ne fasse mauvais genre, peut-être est-on en train de m’observer.

Une autre famille s’en va. Et toujours aucune nouvelle. Avec Jeanne, nous échangeons un regard vide, quelque chose ne va pas. Pour éviter la surprise de la déception, j’anticipe le retour en France. C’est sûr, deux douaniers balèzes vont venir nous chercher, une paire de menottes à la main. Je plaisante avec les enfants mais ils ne rient pas. Pourquoi cela prend autant de temps? Jeanne essaye de se remémorer ce que les avocats lui ont dit de faire en arrivant à l’aéroport, et les documents que nous devons fournir à l’immigration. Qu’est-ce qu’on a bien pu oublier?

Le Canada n’a pas l’air d’avoir envie de nous tendre les bras. Notre rêve va s’arrêter avant même de commencer. 

Soudain, la femme en uniforme réapparait et crie “Jane Aw Carrey”. Jeanne se lève et se dirige vers le comptoir. Lilly se frotte les yeux et la suit du regard, apeurée que sa maman se fasse arrêter, peut-être, ou bien qu’elle décide de partir sans nous, en hurlant “Bye! Bye!”. Mais non, la femme en uniforme lui sourit.

“Il y a eu un problème, madame…”

[…]

La suite prochainement dans “Attache ta tuque!“

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